Ensemble #5: Les solidarités intergénérationnelles, un continent à explorer

Écrit le 8 janvier 2020
Démocratie Société Ensemble

Dans une société qui semble être atteinte de consumérisme chronique, allant de l’obsolescence programmée des smartphones et électro-ménagers, en passant par la fast fashion qui semble affubler les vêtements d’une date de péremption, jusqu’aux individus pour la plupart mis en marge une fois atteint un certain âge ; les initiatives inter-âges semblent particulièrement d’actualité. Nous tenterons dans les lignes qui suivent de définir la notion d’inter-âge ainsi que ses avantages et de faire un tour d’horizon des différents domaines dans lesquels il est fait appel à une gestion ou une collaboration inter-âge.

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Comme son nom l’indique, un projet inter-âge implique une collaboration intergénérationnelle qui vise à bénéficier de l’expérience respective des différentes générations, de leur manière différente de voir les choses et de leurs forces respectives. Une collaboration intergénérationnelle pousse au dialogue, à l’écoute et à l’apprentissage entre les aînés et leurs cadets. Concernant le profil des personnes recherchées, le public cible de ces collaborations sont des personnes à la retraite ou en réorientation professionnelle désirant s’impliquer dans un projet et faire bénéficier de leur savoir aux plus jeunes générations.

Bien que peu connues du grand public, les applications d’une collaboration inter-âge sont aussi multiples que variées et portées par de nombreuses associations. L’ASBL Entr’âges, par exemple, active dans toute la Belgique francophone est à l’origine de nombreux projets qui s’inscrivent « *dans le cadre général d’une politique du vieillissement et des personnes âgées en Europe et dans le monde* ». Son action poursuit une dynamique globale de changement à tous les niveaux, tant dans les couches sociales que dans les classes d’âge, en vue d’une société plus solidaire entre les générations. Dans son objet social, Entr’âges visait « *à améliorer la qualité de vie des personnes âgées, rompre l’isolement psychologique et social de la personne âgée, sensibiliser toutes les générations au vieillissement, les encourager à une plus grande solidarité* ».

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On voit la dimension sociale que peut revêtir un projet inter-âge, dans une volonté d’intégration et de partage entre les membres d’une même société. Ces initiatives prennent plusieurs formes : que ce soit l’animation d’un atelier d’écriture en maison de repos, l’arpentage, une activité tournant autour d’un livre, dont le but est de s’approprier l’ouvrage en groupe, ou encore un projet de journal intime de quartier interculturel et intergénérationnel. Une semaine de l’intergénération est même organisée afin de sensibiliser le grand public aux problématiques intergénérationnelles. Entr’âges chapeaute également un réseau de différentes associations afin de faciliter le partage et l’information entre ces différentes associations. Ce réseau se manifeste sous la forme d’une plateforme qui facilite la représentation du réseau.

D’autres associations se sont également données pour but de centraliser l’information sur les initiatives intergénérationnelles, partant du constat que les projets locaux souffrent souvent d’un manque de visibilité. Le portail www.intergenerations.be ouvre ainsi la porte à l’information sur les initiatives intergénérationnelles de la Belgique francophone et ce, depuis 2008. Ce portail vise toute personne intéressée par ces initiatives, tout citoyen, politique ou encore étudiant qui souhaite s’informer ou encore disposer d’outils méthodologiques ou de références.

Toujours à un niveau local, de nombreuses universités françaises dont la Sorbonne offrent des programmes dits « inter-âge » et offrent la possibilité à des personnes plus âgées de retourner sur les bancs de l’école dans des programmes variés, parfois avec les plus jeunes, parfois sans. Ces universités inter-âges se développent à travers la France dans le but d’ouvrir le savoir et l’apprentissage, quelles que soient les formations et l’âge des participants, se concentrant principalement sur les retraités. Leur objectif est de fournir un passe-temps qui stimule les capacités de leurs nouveaux étudiants. La Belgique n’est pas en manque non plus et offre également une formation inter-âge via son programme CEPULP.

De façon plus concrète, Bruxelles propose et subsidie des logements intergénérationnels qui sont définis à l’article 2, 26° du Code bruxellois du Logement comme un « *immeuble comprenant au moins deux logements dont l’un est occupé par une personne âgée de plus de soixante-cinq ans et dont les ménages se procurent des services mutuels, organisés dans un engagement écrit, une convention, un règlement d’ordre intérieur ou un autre instrument de ce type* ». Ces logements visent à promouvoir la solidarité entre voisins et générations, et à lutter contre l’isolement des personnes âgées. Les logements intergénérationnels font partie des applications les plus concrètes de projets inter-âges dans la mesure où ils promeuvent la cohabitation entre des personnes plus âgées et isolées et des familles, voire même des étudiants afin de favoriser la solidarité et l’échange entre voisins.

Les villes inclusives offrent d’autres actions au niveau du logement. Ces villes partent du constat qu’un pourcentage sans cesse croissant de la population investit les villes et qu’il faut adapter ces lieux de vie à une population grandissante. De nombreux défis sont à relever et « *l’urbanisation offre des possibilités d’inclusion sociale, d’accès équitable aux services et aux moyens de subsistance, et pour l’implication et la mobilisation des populations vulnérables menacées d’exclusion* ». Les villes inclusives s’intéressent également à l’inclusion des personnes âgées à la gestion de la ville et bien que la gestion inter-âge ne soit pas ici la finalité du projet, c’est toutefois un outil auquel il est fait appel pour lutter contre les discriminations et instiguer une plus grande intégration au niveau de la ville-même.

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Il existe enfin des initiatives au niveau européen tel que Age Platform Europe qui n’a pas en tant que tel pour but de promouvoir les activités inter-âges mais plutôt de défendre les intérêts des citoyens européens de plus de 50 ans. Cela se manifeste toutefois par certains projets inter-âges tel que le coaching ou le mentorat à mi-temps par des seniors d’entreprise ou d’entrepreneurs, ou encore la participation des plus de 50 ans à du volontariat afin de partager leur expérience. Les projets inter-âges font ainsi l’objet d’une promotion à l’échelle européenne et l’intégration des retraités ou plus âgés, ainsi que la protection de leurs intérêts sont gérés par une association formée de membres de plusieurs pays de l’Union européenne.

On voit donc que les initiatives inter-âges sont nombreuses et variées et remplissent pour la plupart un rôle d’insertion sociale. Que ce soit par des projets d’associations de quartier, de logement ou de promotion d’activités inter-âges ces projets rassemblent les générations, prenant les talents de chaque côté. Les valeurs qui portent ces projets sont celles du partage, de l’écoute, du respect et d’une société qui ne met pas au ban ses membres injustement jugés obsolètes. L’inter-âge offre de nombreux atouts à ceux qui savent saisir l’occasion et tout ce qu’a à offrir l’intergénérationnel.

Solidarité et actions face au COVID-2019

Face à l’épidémie, les séniors sont certainement les plus touchés. Entre restrictions de tout contact social, et peur de ne pas se faire soigner avec des hôpitaux aux bords de l’asphyxie, la solidarité n’a jamais semblée aussi impérieuse qu’aujourd’hui…

Si l’immobilisme semble de mise, des solutions bien concrètes demeurent, comme par exemple avec la plateforme « Pour eux Bruxelles » et « Brussel Help » qui propose de l’aide sous diverses formes (alimentaires, sociales, sanitaires) aux personnes dans le besoin. Comme le souligne de nombreux acteurs, le confinement touche en premier lieu les publics précaires, et en première ligne nos séniors. Pour lutter contre cet isolement, certaines associations comme « 1 Lettre 1 Sourire » proposent d’écrire des lettres de soutien à destination de nos ainés et, ainsi, maintenir le lien social et affectif. Au-delà des principes élémentaires d’éthique et de vivre-ensemble, il est certain que la façon dont on s’occupe de nos anciens symbolise notre société et quel futur nous voulons pour celle-ci : approfondissement de l’individualisme et du néolibéralisme ou sursaut moral et social, à nous de faire les bons choix !

Pour aller plus loin

Pour la solidarité en ces temps de confinement :

Cet article a pour vocation de mettre en lumière les logiques inter-âge en Belgique et dans le reste du monde. Cit’Light, à travers ses articles et ses activité, vise à rendre la théorie et la connaissance vivante. Dans ce cadre, l’association cherche des ainés pour construire son activité, et plus particulièrement sa gestion économique et comptable, mais aussi sur les questions rédactionnelles (article, relecture, etc..). Si vous êtes sénior et motivé de rencontrer notre jeune équipe, veuillez nous joindre sur nos réseaux sociaux ou via l’adresse : info@cit-​light.org

Article écrit par Avril

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