Ensemble #9: L’innovation sociale ouverte avec We vs Virus

Écrit le 3 mai 2020
Ensemble Numérique Hackaton

En mars 2020, un groupe diversifié de plus de 26 000 personnes a participé à un hackathon conçu pour créer des solutions au coronavirus. Le premier hackathon de crise organisé par le gouvernement allemand nous donne plusieurs leçons sur la manière de tirer, de manière ouverte et inclusive, des solutions en temps en crise. Quels enseignements pouvons-nous tirer de ce mécanisme issu du milieu des hackers embarqué ? Serait-il envisageable de faire de ce mécanisme une nouvelle manière de penser et agir sur son environnement ?

L’hackathon, entre mécanisme collaboratif et innovation

Pour un bon nombre d’entre nous, le terme hackathon pourrait évoquer les turpitudes d’individus du monde informatiques qui essaieraient de manière plus ou moins malveillante de couper l’alimentation les serveurs des grands groupes industriels. Pourtant, cette vision serait forcément réductrice d’un modèle qui pourrait nous éclairer sur des nouvelles pratiques à même de répondre aux enjeux de notre époque ouverte, mais aussi fragmentée.

Mais avant toute chose, un hackathon, c’est quoi ? Contraction de hack issu du terme hackeur et d’athon, signifiant marathon. Il s’agit d’un défi lancé à la société civile pour répondre à une problématique et de l’explorer en intelligence collective. Il est fondé sur des processus de travail collaboratif, sur un temps court, dans un esprit de bienveillance. Ainsi, durant ce type d’événement des volontaires se réunissent pendant une période donnée afin de travailler sur des projets de programmation d’informatique visant à améliorer et trouver des solutions innovantes.

Le hackathon comme innovation solidaire

Le dernier week-end de novembre de l’année passée, le collectif Dynamo, avec la participation de Centraide du grand Montréal, le bureau des nouveaux arrivants de Montréal, la fondation Mirella et d’autres participants ont imaginé, conçu, et prototypé des outils et des services qui ont pour objectif de faire du grand Montréal une collectivité plus inclusive pour les personnes issues de l’immigration et des minorité ethnoculturelles. Ainsi durant cet événement de deux jours, 5 projets furent sélectionnés et reçurent une bourse de 2000 euros chacun et un accompagnement de 6 mois à la Maison de l’innovation sociale. Dans ces projets, on peut par exemple citer le projet Mona, qui a pour vocation de créer une application mobile permettant l’exploration urbaine et de cartographier les œuvres d’art public et les différents services culturels de la ville. Ou encore, le projet Philo Boxe qui s’inscrit dans une action de prévention du vivre ensemble auprès de jeunes âgés entre 12 et 18 ans, majoritairement issus des communautés culturelles. Ce projet a pour principale finalité de faire bénéficier à ces jeunes un espace de discussion sur des thème comme l’identité ou l’éducation civique, mais aussi mettre en pratique à travers de cours de boxe des habilités de vie telle que l’ouverture, le respect, l’entraide, l’engagement, le dépassement de soi, l’humilité, et une meilleure gestion de ses sentiments. Si ce genre d’expérience peut sembler marginale à l’échelle de la société, elles placent les jalons de l’utilisation de la technique au service du plus grand nombre.

Le hackathon comme nouvelle manière d’entrevoir l’action publique ?

Si le phénomène n’est pas nouveau, notamment avec son usage dans de nombreuses municipalités comme Toronto, par des entreprises comme la NASA, ou des organisations internationales comme les Nations Unies, c’est bien en mars 2020 avec la crise de coronavirus que les opportunités collaboratives et innovantes du hackathon furent autant cristallisées. En effet, pour donner suite à l’incapacité des institutions sociétales à faire face à la crise, un immense hackathon en ligne fut lancé, avec l’aide du gouvernement et de la société civile. Ainsi, plus de 20000 personnes se sont réunies virtuellement pour trouver des solutions sociales innovantes à la crise de COVID-19.

Dans un premier temps, les organisateurs du collectif Wevsvirus ont commencé à externaliser les domaines problématiques et les solutions existantes, ces derniers reçurent de participants 1990 déclarations de problèmes, qui furent filtrées en 809 problèmes, recoupés eux même en 42 défis posés dans le cadre de la crise sanitaire actuelle. On pouvait y voir : l’apprentissage en ligne, l’aide au voisinage, la communication de crise, mais aussi, la numérisation des services publics. Après avoir fixé ce cadre, les milliers de citoyens participants eurent 48 heures pour travailler et soumettre leurs solutions via une plateforme dédié Devpost.

Dans une seconde étape de 48 heures, 1494 idées de projets furent trouvées ! Dont les 197 meilleurs projets furent présélectionnés, et les 20 meilleurs d’entre eux furent mis en lumière lors d’une cérémonie numérique. Les pistes d’action sont nombreuses. Pour en citer quelques-unes, on pense à l’application KlinikHero qui a pour objectif de mettre en réseau le personnel soignants avec des personnes sans qualification médicale pouvant les aider dans leur travail, et désengorger les hôpitaux, notamment pour les aider dans le transport, mais aussi la mise en ligne d’outils de formation pour les enseignants et les étudiants au numérique d’une manière simple et didactiques, mais encore des solutions plus étonnantes comme la création d’application pour suivre l’office religieux pour les croyants, et l’organisation de cabarets en ligne avec Social Jam. Ce 10 avril, le gouvernement allemand ajouta directement l’une des technologies gagnantes. Udo qui se veut comme un outil en ligne facilitant les demandes des employeurs à percevoir des subventions de travail pour le chômage temporaire de leurs employés.

Pour conclure, l’émergence et l’amplification de hackathon comme manière d’entrevoir l’action publique, et plus généralement la démocratie a de quoi nous rendre enthousiastes. En effet, au-delà de l’innovation technique et sociale indéniable qu’elle apporte, elle permet aussi de repenser le lien social et la construction collective d’un vivre ensemble sensiblement meilleur. Dans le futur, il sera impérieux d’encore améliorer l’implémentation et la mise en pratique de ce type de mécanisme pour déployer pleinement le pouvoir de notre multitude.

Pour aller plus loin

Article écrit par T.K.



comments powered by Disqus
  • Allemagne : la CDU veut rendre obligatoire le logiciel libre quand il est payé par l’argent public (ZDNet)
  • NewB : Est-il vraiment possible de changer les banques ?
  • Tropisme sous les tropiques : et nos vacances dans tout cela ?