Ensemble #8: L’autonomie numérique à travers les logiciels libres

Écrit le 28 avril 2020
Ensemble Numérique

Lors de ce confinement, nos habitudes à tous ont dû s’adapter. Afin de continuer nos activités, aussi bien sociales que professionnelles, nombres d’entre nous avons découvert l’utilisation d’outils numériques. Cependant, lorsque plusieurs alternatives se présentent, il est souvent difficile d’orienter son choix en prenant en compte autre chose que la popularité et la facilité d’utilisation. Comment être éclairé lors d’un tel choix ? C’est ce sur quoi travaillent de nombreux activistes du numériques au sein de l’association Framasoft.

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Popularité et facilité d’utilisation, ou sécurité et éthique ?

La crise actuelle du COVID-19 nous a demandé à tous de devoir faire des choix rapidement au début du confinement. Comment s’adapter lors du télétravail, pour nos cours, ou simplement pour communiquer avec ses proches?

Prenons l’application de visioconférence Zoom pour exemple. Cette application est devenue extrêmement populaire depuis le début du confinement, pour une raison simple: sa simplicité d’utilisation. Zoom est en effet une des applications de visioconférence des plus simple à installer : pas besoin de cliquer sur le bouton « Installer » ou d’activer sa caméra, Zoom fait tout à notre place ! Cela n’est pas magique, mais simplement dû au fait que Zoom a pu profiter de failles présentes sur nos ordinateurs : devoir activer sa caméra avant de l’utiliser est une sécurité essentielle qu’il ne devrait pas être possible d’outrepasser, ce que Zoom fait cependant. Cela expose un des problèmes fondamentaux de la sécurité de l’informatique, qui est métaphorisé par Bruce Schneier comme suit:

« Si un utilisateur clique sur un bouton qui lui promet de voir des cochons danser, et qu’un message d’alerte indiquant des dangers potentiels s’ouvre, l’utilisateur choisira les cochons dansants plutôt que la sécurité de son ordinateur »

Le choix de la simplicité se fait à un coût : la sécurité, mais aussi l’éthique. Zoom utilise par exemple les images capturée pour vendre des publicités, est considéré comme un désastre pour la vie privée et est maintenu par une entreprise habituée au mensonge. D’autres applications similaires et aussi intuitives à installer et utiliser existent, c’est par exemple le cas du logiciel libre Jitsi Meet. La seule raison qui justifie cette utilisation massive de Zoom semble être sa popularité : chacun l’utilise car une de ses connaissance l’utilise.

Penser l’autonomie numérique à travers les logiciels libres

Pour sortir de ce dilemme utilité/sécurité, il est nécessaire de penser l’utilisation que nous faisons du numérique. Cependant, ces choix sont rarement faciles, en particulier pour un public non féru d’informatique. De manière générale, il est largement préférable de s’orienter vers une solution basée sur les logiciel libres, ceux-ci respectant mieux la vie privée de leurs utilisateurs, tout en leur conférents des droits fondamentaux.

Les quatres libertés du logiciel libre: « Un programme est un logiciel libre si vous, en tant qu’utilisateur de ce programme, avez les quatre libertés essentielles : 1. la liberté de faire fonctionner le programme comme vous voulez, pour n’importe quel usage; 2. la liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de le modifier pour qu’il effectue vos tâches informatiques comme vous le souhaitez ; l’accès au code source est une condition nécessaire ; 3. la liberté de redistribuer des copies, donc d’aider les autres ; 4. la liberté de distribuer aux autres des copies de vos versions modifiées ; en faisant cela, vous donnez à toute la communauté une possibilité de profiter de vos changements ; l’accès au code source est une condition nécessaire. »

Le logiciel libre, construit d’un effort collectif permet à son utilisateur de se réapproprier le fonctionnement et le développement du logiciel. Le caractère open source (le code source est disponible) et libre (le code source est modifiable) permet une maintenance de sécurité plus exhaustive en multipliant les regards sur le code. La plaidoirie pour le logiciel libre ne s’arrête pas ici : il est d’un intérêt public clair qu’en enlevant le profil du cycle de production logiciel, des fonctionnalités trop coûteuses mais essentielles puissent être écrites. Prenons l’exemple d’OpenStreetMap, un clone libre de l’application populaire de Google, qui par un système de cartographie participative a pu dresser une carte complète des cas d’Ébola en Ethiopie (http://www.takepart.com/article/2015/04/14/open-source-mapping-ebola/), cas typique où une compagnie privée n’aurait eu aucun intérêt à travailler, car elle n’en aurait tiré aucun profit. Les solutions libres existent et sont nombreuses, mais sont rarement utilisées car moins connues du grand public.

Fédérer les alternatives numériques libres C’est à cette affaire que s’est attelé Framasoft, réseau d’éducation populaire qui existe depuis 2001 et qui vise à mettre en lumière les logiciels libres, avec pour objectif principal « proposer, principalement en ligne, un ensemble d’outils concrets et pratiques visant à faciliter l’adoption des logiciels libres, des créations culturelles libres et des services libres. »

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Framasoft vient donc faire le lien entre la communauté des libristes et le grand public, étant une sorte de vitrine du logiciel libre. Ainsi, Framasoft soutien non seulement les logiciels libres existants en aidant à leur développement et leur amélioration, mais les popularise aussi en mettant en place des instances de ces logiciels en tant que services. Parmi les alternatives proposées, nous retrouvons par exemple : 1. Framatalk, un service de visioconférence basé sur la technologie Jitsi Meet dont nous avons parlé plus haut. Cela permet donc de s’affranchir de technologies potentiellement dangereuses telles que Zoom, Skype ou Microsoft Teams. 2. Framaforms, un outil de création de formulaires webs, alternative à Google Forms. 3. Framapad, un outil de prise de notes partagé, très utile pour prendre note à plusieurs en réunion, comme alternative à Google Docs. 4. Framadate, une alternative à Doodle pour facilement faire organiser des rendez-vous.

Chacun de ces services est basé sur un logiciel libre existant, non développé par Framasoft. L’activité de Framasoft vient donc mettre en lumière ces logiciels en proposant une version personnalisée hébergée par eux-même. Pour pousser ce concept plus loin, le collectif CHATONS a été mis en place. Ce collectif d’hébergeurs alternatifs, transparents, ouverts, neutres et solidaires « rassemble des structures souhaitant éviter la collecte et la centralisation des données personnelles au sein de silos numériques du type de ceux proposés par les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft). »

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En ces temps de pandémie, ces plateformes demeurent essentielles, et comme l’énonce le collectif *CHATONS* :

« Bien que nous vivions une situation exceptionnelle, il n’est pas nécessaire d’abandonner nos informations personnelles aux multinationales du numérique. Alors que nos vies vont fortement se tourner vers le numérique durant la crise, nous pensons qu’il est important d’utiliser des services qui respectent notre intimité numérique. » (chatons.org)

Le but de l’ASBL Cit’Light va dans le même sens que les actions de Framasoft et CHATONS, sans se confiner aux alternatives numériques : Cit’Light souhaite mettre en lumière les diverses alternatives existantes afin de construire la société de demain, tout comme ces collectifs souhaitent construire un meilleur monde numérique pour demain. Nous sommes convaincus qu’avec ce genre d’action collective et solidaire, il est possible de donner une meilleure visibilité aux alternatives existantes et d’ainsi permettre à tout le monde de participer et construire la société de demain.

Pour aller plus loin

Article écrit par Quentin Stiévenart

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