Allons-nous disparaître avec les abeilles ?

Écrit le 17 février 2020
Environnement Écologie Biodiversité

« Les abeilles se meurent », nous avons tous déjà entendu cette phrase, à travers un média ou de la bouche d’un proche. Et, en effet, l’abeille, et notamment l’abeille mellifère traverse des temps assez compliqués. Ce constat global touche évidemment la Belgique qui figure au sommet des pays européens les plus touchés avec un taux de mortalité hivernale atteignant les 30%, chiffre conséquent quand l’on sait que celui-ci ne dépasse qu’exceptionnellement le seuil des 5%, il y a 30 ans. Quelles solutions pour éviter cet écocide programmé ?

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Bien que nous ne sommes pas encore aux portes de l’extinction, il est important de noter que ce scénario pourrait nous coûter cher. En effet, les abeilles au travers de leur travail de pollinisation, contribuent à l’ensemencement de 80% des espèces de plantes. Les abeilles et leur travail de pollinisation sont responsables de la reproduction de la plupart des végétaux. De ce fait, elles sont responsables d’un tiers de ce qui se trouve dans notre assiette. Si les abeilles et leur travail venaient à disparaître, ce serait non seulement un désastre écologique mais aussi social et économique. Il est cependant absurde d’attribuer le travail de pollinisation seulement à l’abeille domestique, elle est pratiquée par un grand nombre d’autres animaux, elle en est seulement le “chef de file”. Malheureusement, les autres pollinisateurs, notamment les abeilles sauvages, sont autant, voir plus en difficulté.

Les causes sont encore assez méconnues, mais nous pouvons d’ores et déjà affirmer que cela résulte d’une combinaison de plusieurs facteurs/agents:

Malgré les doutes qui planent encore sur la responsabilité de tous en chacun, nous pouvons déjà être sûrs d’une chose, l’homme a enclenché l’un des plus gros “écocide” de son histoire….

Penser la flore pour panser la faune

Les premières solutions sont d’ordre institutionnelles et demandent un vrai changement de paradigme sociétal. Se faisant, l’interdiction de pesticides et d’insecticides, demeure la solution la plus évidente. Et ce plus particulièrement des néonicotinoïdes, la famille d’insecticide la plus utilisée depuis les années 90. En 2018, suite à des études prouvant sa nocivité pour les êtres vivants, notamment pour les abeilles, l’europe a voté une interdiction de 3 des 7 substances de la famille des néonicotinoïdes. Cependant des dérogations peuvent encore être accordées jusqu’en 2020. La Belgique, contrairement à la France qui a complètement interdit ces pesticides, se limite à l’interdiction fixée par l’Europe et compte encore utiliser ces produits par dérogation sur les cultures de betterave, entre autres. Evidemment, la question des conséquences probables de ce manque de volonté politique, bloque l’essentiel des choix qui devront être faits pour enrayer ce mouvement inéluctable de la disparition programmée de nos abeilles. Alors quelle marge de manœuvre nous reste-il pour éviter le désastre ?

Le changement le plus important passera-t-il donc par un changement radical de notre modèle agricole? En effet, la monoculture, modèle demeurant majoritaire, reflète un mode d’agriculture devenu obsolète : celui de l’agriculture intensive. Bien que ce système ait permis dans un premier temps aux agriculteurs d’augmenter leur niveau de vie, il les oblige aujourd’hui à utiliser la monoculture et à la lourde mécanisation qui va avec. Ce qui les oblige à fournir de lourds investissements financiers. Combiné à l’obligation d’aligner leurs prix au cours des matières agricoles fixés au niveau mondial et européen, ces derniers n’ont d’autre échappatoire que de perpétuer ce schéma. Logique qui produit en plus des problèmes de santé causés notamment par la surexposition aux produits chimiques, mais aussi une instabilité de leur salaire.

Il faut donc repenser ce modèle qui semble déjà montrer ses limites. Les agriculteurs doivent être encouragés à se tourner vers une agriculture polyculturelle, une distribution plus locale qui impliquerait moins d’auxiliaires et donc un meilleur bénéfice mais aussi vers une agriculture plus verte. Cela ne signifie pas du tout une perte de rendement comme on pourrait le croire. Le nombre de labels bio grandissant et la demande qui va avec, nous montrent qu’un nouveau marché s’ouvre. Cette transition profiterait non seulement à l’environnement mais aussi aux agriculteurs qui verront leur métier revalorisé. Si l’État demeure en partie responsable de cette situation, par le manque de formations et de subsides, le consommateur y conserve aussi une certaine part de responsabilité. En effet, celui-ci doit repenser ses habitudes de consommation, notamment en évitant la surconsommation et en privilégiant une consommation plus locale, pour encourager les agriculteurs locaux qui sont plus respectueux de l’environnement. Les changements effectués dans l’agriculture vont évidemment se refléter dans l’apiculture, ces deux filières étant intimement liées.

Quelles alternatives pour le cheptel apicole ?

Bien évidemment, des solutions à court et à long terme existent, en plus de celles citées plus haut. On pourrait directement penser aux implantations de ruches “urbaines”, nouvelle mode qui consiste à implanter des ruches un peu partout en ville. Bien que cette idée parte d’une bonne intention, elle se révèle souvent inutile voir dangereuse. Cette survalorisation des abeilles domestiques peut en effet nuire aux autres espèces en créant une rivalité pour l’accès des sources de nourriture.

Serait-il donc inutile d’investir dans des ruches en tant que citadins ? Pas complètement, il existe aujourd’hui un réseau de parrainage de ruche. Cette pratique comporte beaucoup d’avantages, en plus d’aider à la sauvegarde de nos abeilles en aidant des apiculteurs locaux, pratiquant souvent une apiculture plus respectueuse de l’abeille. En devenant parrain, vous obtiendrez du miel produit par vos abeilles, vous aurez souvent accès à des avantages comme des formations sur le sujet ou encore un suivi régulier de l’état de votre ruche. Il est cependant important de noter que ce projet, ne convient pas à toutes les bourses, il faudra compter plusieurs centaines d’euro par an pour la location d’une ruche.

L'abeille robot de Black Mirror est en passe de devenir une réalité.

Pour clore notre tour d’horizon apicole, nous allons nous intéresser à quelques “alternatives” parmi les plus étonnantes que l’homme ait trouvées à la mortalité des pollinisateurs. Pour commencer, nous nous rendons en Chine, où dans certaines régions, comme celle du Sichuan, les abeilles ont complètement déserté les champs et les vergers suite à une utilisation abusive de pesticide dans les années 60. C’est aujourd’hui des hommes et des femmes qui effectuent le travail minutieux des pollinisateurs. Chaque année, au printemps, lorsque les pommiers fleurissent, une armée “d’hommes abeille” armés de plumes ou de filtres de cigarette montent aux branches pour atteindre les fleurs. Le cas des “hommes abeille” est évidemment une anomalie, il est impensable de voir ce spectacle dans d’autres pays.

Tournons-nous maintenant vers les États-Unis où des chercheurs semblent s’être inspirés de la série dystopique “Black mirror”. En effet, dans la saison 3, nous pouvons voir des abeilles robots autonomes voler librement entre les fleurs. Si l’idée de microrobots insectes peut faire sourire, elle ne reste pas moins irréalisable et même très prometteuse, comme en témoigne le brevet déposé en 2016 pour des abeilles robots par le géant américain Walmart. Le projet a déjà atteint le stade de prototype, comme pour la “robobee”, développée par une équipe de recherche en robotique de l’université d’Harvard. Derrière ce joli nom se cache un robot “autonome” de 3 cm d’envergure équipé de microscopiques ailes, capable de voler et même de nager. Bien que les résultats des prototypes existants soient encourageants, il subsiste quelques soucis comme la source d’énergie qui se fait encore par un fil. Même si à première vue les remplaçants des pollinisateurs semblent tout trouvés, cette idée de remplacer les abeilles par des robots n’est pas viable, autant financièrement que écologiquement. Cela pose aussi de nombreuses questions d’éthique sur le vivant et la robotique et nous mènerait à une certaine insécurité alimentaire due au caractère imprévisible des machines. De plus, implanter des essaims de machines dans nos champs et forêts ne feraient qu’accentuer les dommages subis par les écosystèmes. Nous devons préserver la biodiversité et non en créer une nouvelle.

Pour aller plus loin

Gauthier K. est étudiant en bio-ingénierie.


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